Entre tensions et soutien : la dimension sociale de l’écoanxiété chez de jeunes adultes au Québec
Maxime Boivin
Institut national de santé publique du Québec
Anne-Sophie Gousse-Lessard
Université du Québec à Montréal, Département de psychologie
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Jeunes adultes
Résumé
La prise de conscience croissante des risques liés aux changements climatiques représente un enjeu important pour le bien-être psychologique et collectif. De nombreuses personnes, particulièrement les jeunes adultes, éprouvent une détresse psychologique désormais reconnue sous le nom d’écoanxiété. Bien que cette réaction soit considérée comme normale face à une menace réelle, elle peut néanmoins avoir des effets délétères sur celles et ceux qui la ressentent. Malgré l’essor des recherches sur l’écoanxiété, peu d’études se sont penchées sur sa dimension sociale.
Objectif. La présente étude s’appuie sur des groupes de discussion issus d’un projet plus vaste sur l’expérience de l’écoanxiété chez de jeunes adultes de 18 à 34 ans vivant au Québec. Bien que la visée initiale de la recherche ne portait pas sur la dimension sociale, cette dernière s’est imposée comme un thème récurrent et structurant lors de l’analyse qualitative. Ancré dans une perspective de psychologie sociale et de santé publique, le présent article a pour objectif de caractériser cette dimension, en examinant comment les processus relationnels, normatifs et collectifs façonnent l’expérience de l’écoanxiété chez les jeunes adultes.
Méthode. Huit entretiens de groupe ont été menés auprès de 32 personnes s’identifiant comme vivant de l’écoanxiété.
Résultats. L’analyse thématique des discussions met en évidence plusieurs dynamiques sociales qui façonnent l’expérience de l’écoanxiété, telles que des tensions au sein des relations familiales et amicales et de la stigmatisation, mais aussi la recherche de soutien émotionnel auprès de pairs partageant des préoccupations similaires. Ces interactions influencent la manière dont l’écoanxiété est vécue, exprimée et régulée, agissant tantôt comme facteurs aggravant la détresse, tantôt comme source de réconfort et de légitimité.
Conclusion. L’étude met en évidence le rôle central de la dimension sociale, à la fois comme facteur d’amplification et comme levier de soutien. Bien que l’écoanxiété soit souvent présentée comme une réponse individuelle aux menaces climatiques et environnementales, nos résultats suggèrent qu’elle est aussi profondément façonnée par le tissu social, notamment par les relations interpersonnelles au sein desquelles elle émerge. En reconnaissant cette dimension, la recherche ouvre la voie à une compréhension plus fine des expériences d’écoanxiété et à des pistes d’intervention qui valorisent les espaces de dialogue, de soutien et d’action collective comme ressources de régulation émotionnelle et de résilience.
Mots-clés : écoanxiété, dynamiques sociales, tensions sociales, soutien social, changements climatiques, impacts psychosociaux
Abstract
The growing awareness of the risks associated with climate change poses a significant challenge to both psychological and collective well-being. Many individuals, particularly young adults, experience psychological distress, recognized as eco-anxiety. Although this reaction is considered a normal response to a real threat, it can nevertheless have harmful effects on those who experience it. Despite a growing body of research on eco-anxiety, few studies have examined its social dimension.
Objective. This paper draws on a set of focus groups conducted as part of a broader project on the experience of eco-anxiety among young adults aged 18 to 34 in Quebec. Although the initial aim of the research did not focus on the social dimension, it emerged as a recurrent and structuring theme throughout the qualitative analysis. Anchored in a social psychology and public health perspective, this article aims to characterize this dimension by examining how interpersonal, normative, and societal dynamics shape the experience of eco-anxiety among young adults.
Method. Eight focus groups were conducted with 32 young adults living in Quebec who identified as experiencing eco-anxiety.
Results. Thematic analyses reveal social dynamics shaping the experience of eco-anxiety, such as tensions within family and friendship networks and experiences of stigmatization, but also the search for emotional support among peers who share similar concerns. These interactions influence how eco-anxiety is experienced, expressed, and regulated, sometimes amplifying distress and at other times serving as sources of comfort and legitimacy.
Conclusion. The study underscores the central role of the social dimension, both as a factor that can exacerbate distress and as a source of support. Although eco-anxiety is often presented as an individual response to climatic and environmental threats, our findings suggest that it is also deeply shaped by the social fabric, particularly by the interpersonal relationships within which it emerges. Recognizing this dimension opens the way to a more nuanced understanding of eco-anxiety and interventions that emphasize spaces for dialogue, support, and collective action as resources for emotional regulation and resilience.
Keywords: eco-anxiety, social dynamics, social tensions, social support, climate change, psychosocial impacts
Auteurs : Maxime Boivin et Anne-Sophie Gousse-Lessard
Titre : Entre tensions et soutien : la dimension sociale de l’écoanxiété chez de jeunes adultes au Québec
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 50, numéro 2, automne – hiver 2025, p. 27-50
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1123614ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1123614ar








