L’approche en santé mentale : une évolution permanente

Nadine Larivière
Rédactrice en chef Mosaïque

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Évolution

Un mouvement de sensibilisation à des enjeux d’actualité en santé mentale colore le numéro Mosaïque de ce printemps. En effet, nous y trouvons 4 articles de type Perspective.

Simon Poirer et ses collaborateurs plaident depuis plusieurs années pour une meilleure organisation des services pour les personnes vivant avec un trouble de la personnalité, sous forme de continuum de soins par étapes, qui prend en compte le degré de complexité des besoins des personnes, avec des mécanismes formels soutenant l’accessibilité et la fluidité. Suivant leurs constats portant sur les lacunes actuelles dans l’offre d’interventions probantes, l’organisation en silo et l’inclusion du savoir expérientiel des personnes concernées et leur entourage, cette équipe a décidé de créer une association comme levier porteur et structurant. La mission de cette nouvelle association est de permettre le réseautage des acteurs clés, la concertation pour des lignes directrices, le soutien au développement professionnel, ainsi que des actions concrètes sur la déstigmatisation de cette clientèle.

Sur une thématique connexe, Vincent Laliberté nous inspire avec la description du modèle PRISM, développé au Québec depuis 2013, qui vise à offrir des soins en santé mentale adaptés aux personnes en situation d’itinérance grâce à une collaboration entre le réseau des services de santé et des organismes communautaires. Son déploiement s’est accéléré après la pandémie de COVID-19, avec un soutien gouvernemental. Ancré dans les refuges, il favorise la réaffiliation sociale, notamment par l’accès au logement et un accompagnement personnalisé. Le PRISM transforme aussi la pratique psychiatrique en valorisant l’autonomie des personnes et une approche souple. Malgré ses succès, le modèle fait face à des défis liés à la crise du logement et à l’augmentation des dépendances, nécessitant un soutien accru du réseau.

Imaine Sahed et Siham Sahed se penchent aussi sur une solution pour améliorer les services, soit le développement et la valorisation du pair-accompagnant professionnel, rôle qui est méconnu. Issu de la pair-aidance en santé mentale, le pair-accompagnant professionnel utilise son savoir expérientiel comme compétence pour soutenir la santé mentale au travail. Il intervient à 3 niveaux (individuel, collectif et organisationnel) pour prévenir les risques psychosociaux et favoriser l’expression des vécus. Sa position intermédiaire, entre le travailleur et les acteurs organisationnels, lui confère une légitimité particulière, mais encore en construction. Ce rôle soulève des enjeux de reconnaissance, de professionnalisation et des risques éthiques, comme l’instrumentalisation ou les conflits de loyauté. Bien que prometteur, il nécessite davantage de recherches et d’encadrement pour s’ancrer de manière pérenne.

Pour conclure les articles de type Perspective, Emmanuel Stip revient sur son texte éditorial percutant, publié dans la revue Santé mentale au Québec, sur le « syndrome de Montréal ». Ce dernier a suscité de fortes réactions médiatiques et citoyennes, révélant une sensibilité accrue à la santé mentale urbaine. Les témoignages recueillis montrent que la présence excessive de « cônes orange », peut générer une réelle détresse psychologique. Ce phénomène s’explique par des facteurs de stress liés à l’imprévisibilité, à la perte de contrôle et à la surcharge visuelle. Un cas clinique illustre comment un élément banal peut affecter le quotidien et le bien-être. L’ensemble souligne l’importance de reconnaître et d’étudier la santé mentale, notamment en milieu urbain, comme enjeu clinique et social.

Deux études qualitatives enrichissent ce numéro Mosaïque en explorant en profondeur le vécu des personnes présentant des problèmes de santé mentale.

En premier lieu, Isabelle Courcy et collaborateurs sont allés à la rencontre de 23 jeunes adultes autistes et, à la faveur de groupes de discussion, ont relevé 4 sources principales d’exclusion sociale : microagressions, discrimination, victimisation et contraintes à l’autodétermination. Ces expériences surviennent dans divers contextes relationnels, où l’entourage et les services peuvent être à la fois aidants et fragilisants. Face à cela, plusieurs adoptent des stratégies comme le camouflage ou l’autoexclusion, souvent au détriment de leur bien-être.

Enfin, par la modalité d’intervention de groupe, Catherine Séguin-Green et collaborateurs examinent la thérapie par l’aventure chez de jeunes adultes ayant vécu un premier épisode psychotique (n = 8). Les résultats mettent en évidence des effets positifs de la dynamique de groupe, comme l’entraide, la motivation, la solidarité et la déstigmatisation. Le programme favorise la confiance en soi, la socialisation et la régulation émotionnelle dans un cadre sécurisant. La combinaison d’activités en nature, de soutien professionnel et de pairs facilite le réengagement dans les relations et le rétablissement. Elle apparaît ainsi comme une approche complémentaire prometteuse aux traitements traditionnels.

Nous vous souhaitons une lecture stimulante !

Auteur : Nadine Larivière
Titre : L’approche en santé mentale : une évolution permanente
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 51, numéro 2, été 2026, p. 269-271

URI https://id.erudit.org/iderudit/1126811ar
DOI https://doi.org/10.7202/1126811ar