Au-delà du TPL : une analyse de la dysrégulation émotionnelle à travers un cas complexe
Natanièle Picard
Université de Montréal
Institut universitaire en santé mentale de Montréal
Marie-Laurence Guével
Université de Montréal
Estelle Ouellet
Université de Montréal
Institut universitaire en santé mentale de Montréal
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Au-delà du TPL
Résumé
La dysrégulation émotionnelle est souvent rapidement attribuée au trouble de la personnalité limite (TPL), en particulier lorsqu’il y a des visites répétées à l’urgence. Cette étude de cas illustre l’importance d’une évaluation globale et interdisciplinaire lorsque la présentation clinique est complexe. Johanne (nom fictif), une femme dans la quarantaine sans antécédent psychiatrique, est devenue une grande utilisatrice des services d’urgence à la suite de stresseurs psychosociaux aigus. Pendant plusieurs années, les diagnostics retenus sont ceux de TPL avec des traits dépendants. Cependant, les observations en consultation externe ont soulevé des doutes quant à la justesse de ces diagnostics. Une réévaluation approfondie, incluant une évaluation fonctionnelle en ergothérapie et une évaluation en neuropsychologie, a révélé des limitations cognitives significatives compatibles avec une intelligence limite. Ces constats suggéraient que les crises découlaient moins de peurs d’abandon, typiques du TPL, que de situations dépassant ses capacités cognitives et adaptatives. L’ajustement des interventions (simplification importante de la thérapie comportementale dialectique [TCD], accent sur la résolution de problèmes concrets et clarification du plan de crise) a entraîné des améliorations notables : diminution marquée des visites à l’urgence et retour durable à l’emploi. Ce cas souligne le risque d’un diagnostic prématuré de TPL en présence de dysrégulation émotionnelle et la pertinence d’évaluations fonctionnelles et interdisciplinaires pour mieux identifier la pathologie sous-jacente à la dysrégulation émotionnelle dans les profils complexes.
Mots-clés : dysrégulation émotionnelle, diagnostic différentiel, trouble de la personnalité limite (TPL), trouble neurodéveloppemental, intelligence limite, étude de cas
Abstract
Emotional dysregulation is often quickly attributed to Borderline Personality Disorder (BPD), particularly when repeated emergency department visits are involved. This case study illustrates the importance of a comprehensive, interdisciplinary assessment when the clinical presentation is complex. Johanne (fictional name), a woman in her forties with no prior psychiatric history, became a high user of emergency services following acute psychosocial stressors. For several years, the diagnoses retained were BPD with dependent traits. However, outpatient clinical observations raised doubts about the accuracy of these diagnoses. A thorough reassessment, including a functional occupational therapy evaluation and a neuropsychological assessment, revealed significant cognitive limitations consistent with borderline intellectual functioning. These findings suggested that her crises stemmed less from abandonment fears typical of BPD and more from situations exceeding her cognitive and adaptive capacities. Adjusting the interventions (substantial simplification of Dialectical Behavior Therapy [DBT], emphasis on concrete problem-solving, and clarification of her crisis plan) led to notable improvements, including a marked reduction in emergency visits and a sustained return to employment. This case highlights the risk of prematurely diagnosing BPD when emotional dysregulation is present and underscores the relevance of functional, interdisciplinary assessments to better identify the underlying psychopathology driving emotional dysregulation in complex profiles.
Keywords: emotional dysregulation, differential diagnosis, borderline personality disorder (BPD), neurodevelopmental disorder, borderline intellectual functioning, case study
Auteurs : Natanièle Picard, Marie-Laurence Guével et Estelle Ouellet
Titre : Au-delà du TPL : une analyse de la dysrégulation émotionnelle à travers un cas complexe
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 51, numéro 1, printemps 2026, p. 281-292
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1125487ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1125487ar









