Inondations récurrentes : la relation complexe entre la santé mentale et la difficile décision de rester ou de quitter

Ariane Hamel
Université de Montréal – Faculté des arts et des sciences – École de travail social
Nathalie St-Amour
Université du Québec en Outaouais – Travail social

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Rester ou quitter

Résumé

Objectifs L’article présente une partie des résultats d’une recherche s’intéressant au processus de rétablissement de personnes inondées à répétition réalisée dans le cadre de la maîtrise de la principale auteure. L’article examine plus particulièrement les facteurs qui influencent la décision de rester ou de quitter sa résidence et son quartier après avoir vécu des épisodes récurrents d’inondations, et comment ces facteurs sont étroitement liés à la santé mentale des personnes sinistrées.
Méthode Inscrite dans une approche qualitative phénoménologique, la recherche s’appuie sur l’expérience de 14 personnes résidentes de Pointe-Gatineau qui ont vécu un cumul d’inondations (2017, 2019, et pour certaines, 2023). De ce nombre, 9 personnes participantes demeuraient encore dans le quartier après les 3 épisodes d’inondation et 5 l’avaient quitté après les inondations de 2019. Pour mieux saisir la complexité de leur vécu, des entrevues semi-dirigées ont été conduites auprès des personnes sinistrées.
Résultats L’analyse des données indique que plusieurs facteurs influencent la décision de rester ou de partir, notamment l’attachement à la maison et à l’environnement naturel et bâti, la situation financière des individus sinistrés, le stress ressenti lors des inondations ainsi que les stratégies d’adaptation développées après avoir vécu plusieurs épisodes d’inondations. En fonction des expériences vécues, certains facteurs jouent un rôle plus déterminant que d’autres. Chacun de ces facteurs exerce une influence sur la santé mentale des personnes sinistrées, de sorte que le choix final de quitter ou de rester s’inscrit dans une quête de restauration ou de préservation du bien-être émotionnel, psychologique et social.
Discussion/Conclusion Les résultats montrent que différents facteurs influencent la décision de rester ou de quitter. Au final, toutefois, la majorité des personnes participantes se sentent rétablies et portent un regard positif sur leur choix, soulignant que celui-ci leur a bel et bien permis de retrouver ou de conserver un bien-être émotionnel, psychologique et social. La recherche révèle également une inquiétude croissante des personnes résidentes vis-à-vis des réponses institutionnelles et des politiques gouvernementales entourant la gestion des zones inondables. Certaines craignent ainsi une possible délocalisation qui pourrait découler du Plan de protection du territoire face aux inondations. Ces préoccupations rejoignent celles d’autres travaux québécois et internationaux qui insistent sur la nécessité d’intégrer des dimensions identitaires et affectives dans les politiques entourant l’aménagement du territoire.

Mots-clés : inondations, attachement au lieu, processus de rétablissement, aménagement du territoire, santé mentale

Abstract

Objectives This article presents part of the results of a study examining the recovery process of individuals repeatedly affected by flooding, conducted as part of the lead author’s master’s research. The study focuses specifically on the factors influencing the decision to stay in or leave one’s home and neighborhood after recurrent flooding events, and how these factors are closely linked to the mental health of flood-affected individuals.
Method Adopting a phenomenological qualitative approach, the study is based on the lived experiences of 14 residents of Pointe-Gatineau who experienced multiple floods (2017, 2019, and for some, 2023). Of these, 9 participants remained in the neighborhood after all 3 flood events, while 5 left following the 2019 floods. Semi-structured interviews were conducted to capture the complexity of their experiences.
Results Data analysis indicates that several factors influence the decision to stay or leave, including attachment to one’s home and the natural and built environment, financial situation, stress experienced during the floods, and adaptation strategies developed after repeated flooding. Depending on individual experiences, some factors play a more decisive role than others. Each factor impacts the mental health of the participants, so the ultimate decision to stay or leave reflects a pursuit of restoring or preserving emotional, psychological, and social well-being.
Discussion/Conclusion The findings show that multiple factors shape the decision to stay or leave. Overall, however, most participants feel recovered and view their choice positively, noting that it allowed them to regain or maintain emotional, psychological, and social well-being. The study also highlights growing concerns among residents regarding institutional responses and government policies related to floodplain management, with some fearing potential relocation resulting from the Plan de protection du territoire face aux inondations. These concerns align with other Quebec and international studies emphasizing the need to incorporate identity and affective dimensions into land-use and flood management policies.

Keywords: flooding, mental health, attachment to place, disaster recovery process, territorial planning

Auteurs : Ariane Hamel et Nathalie St-Amour
Titre : Inondations récurrentes : la relation complexe entre la santé mentale et la difficile décision de rester ou de quitter
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 50, numéro 2, automne – hiver 2025, p. 97-117

URI : https://id.erudit.org/iderudit/1123617ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1123617ar