Comment les services d’intervention précoce pour la psychose peuvent-ils mieux servir les migrants, les minorités ethniques et les populations autochtones ?

Salomé M. Xavier
Département de psychiatrie, Université McGill, Montréal
Centre de recherche Douglas et Clinique PEPP-Montréal (Programme de prévention et d’intervention précoce pour la psychose), Montréal
G. Eric Jarvis
Département de psychiatrie, Université McGill, Montréal
Division de psychiatrie sociale et transculturelle, Université McGill, Montréal
Service de consultation culturelle et Unité de recherche en culture et santé mentale, Hôpital Général Juif, Montréal
Clairélaine Ouellet-Plamondon
Clinique JAP (Jeunes adultes psychotiques), Département de Psychiatrie et d’addictologie, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Département de Psychiatrie et d’addictologie, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Centre de recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Geneviève Gagné
Clinique JAP (Jeunes adultes psychotiques), Département de Psychiatrie et d’addictologie, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Amal Abdel-Baki
Clinique JAP (Jeunes adultes psychotiques), Département de Psychiatrie et d’addictologie, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
ACCESS Esprits ouverts, Montréal
Département de Psychiatrie et d’addictologie, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Centre de recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, Montréal
Srividya N. Iyer
Département de psychiatrie, Université McGill, Montréal
Centre de recherche Douglas et Clinique PEPP-Montréal (Programme de prévention et d’intervention précoce pour la psychose), Montréal
Division de psychiatrie sociale et transculturelle, Université McGill, Montréal
ACCESS Esprits ouverts, Montréal

Vous pouvez télécharger l’article en cliquant sur le lien suivant :

Salomé M. Xavier

RÉSUMÉ Objectifs Synthétiser les connaissances cliniques et épidémiologiques disponibles concernant les soins de santé mentale des populations migrantes, des minorités ethniques et des populations autochtones, dans le contexte de psychose débutante.
Méthodes Revue de littérature narrative portant sur la psychose débutante dans ces populations et les enjeux liés à la prestation de services d’intervention précoce.
Résultats Le statut de migrant est depuis longtemps considéré comme un facteur de risque important de psychose dans de nombreux contextes géographiques. Ce risque accru chez les migrants semble persister au-delà de la première génération et s’est avéré plus élevé dans toutes les populations migrantes, mais surtout pour les minorités ethniques noires et les individus migrant de pays en développement économique vers des pays développés. Des données récentes suggèrent que ce risque plus élevé est dû, du moins en partie, à l’exposition cumulative des migrants et des minorités à des adversités sociales, telles que la discrimination raciale, la marginalisation et le désavantage socioéconomique. Le racisme systémique affectant ces populations peut être source de biais diagnostique, accentuer les disparités de traitement et contribuer à la causalité de la psychose. Certains groupes de migrants et de minorités ethniques ont des délais d’accès aux soins plus longs, sont plus souvent hospitalisés involontairement, se désengagent prématurément et sont moins satisfaits du traitement. Tenir compte du contexte socioculturel est essentiel à la prestation de soins de qualité, en particulier dans une société diversifiée. En outre, la reconnaissance des relations de pouvoir qui découlent du contexte sociétal et qui façonnent les institutions et les modèles de soins est une étape clé vers la compétence et la sécurité structurelles dans les soins de santé mentale. Plusieurs stratégies ont été proposées pour rendre les services et systèmes de soins de santé mentale plus compétents sur le plan culturel et structurel : notamment le recours à des interprètes et à des médiateurs culturels, des évaluations adaptées et des services d’interventions culturelles spécialisées. Cependant, ces stratégies n’ont pas encore été adoptées à grande échelle dans le programme d’intervention précoce pour la psychose.
Conclusion Les services d’intervention précoce pour la psychose devraient intégrer des interventions inclusives, structurellement compétentes et éclairées par le contexte, afin de promouvoir l’engagement et des soins centrés sur la personne. Des efforts doivent être faits pour appliquer les connaissances de la psychiatrie sociale et culturelle et adapter ses outils au domaine de l’intervention précoce dans la psychose. Les considérations socioculturelles, jusqu’à présent appliquées de manière inconsistante dans la recherche sur la psychose et la conception des services au Québec, sont particulièrement pertinentes pour la province étant donné son contexte linguistique distinct, sa diversité culturelle croissante et son effort continu pour systématiser la prestation des services d’intervention précoce à large échelle.

Mots-clés : intervention précoce, premier épisode psychotique, immigrants, minorités ethniques, autochtones, psychiatrie transculturelle, compétence culturelle, sécurité culturelle, culture, psychose

How could Early Intervention Services for Psychosis better serve migrants, ethnic minorities and Indigenous populations?

ABSTRACT Objectives To synthesize the available epidemiological and clinical evidence relevant to the mental health care of migrant, ethnic minority and Indigenous populations in the context of early psychosis.
Methods This study provides a narrative review of the literature on psychosis in these populations, including issues related to the provision of early intervention services for psychosis.
Results Migrant status has long been reported as a significant risk factor for psychosis in many geographic contexts. This increased risk among migrants seems to persist beyond the first generation and has been found to be higher in all migrant populations, but especially for black ethnic minorities and individuals migrating from economically developing countries to developed ones. Recent evidence suggests that this higher risk is at least in part due to migrants’ and minorities’ cumulative exposure to social adversities, such as racial discrimination, marginalization and socio-economic disadvantage. Systemic racism affects migrant and minority populations by creating bias in diagnostic practices and aggravating treatment disparities in addition to contributing to causation of psychosis. Furthermore, migrant and ethnic minority groups are known to seek mental healthcare after longer delays, to be more frequently forcibly hospitalized, to disengage from treatment prematurely and to be less satisfied with their treatment. The consideration of social and cultural context and factors is essential to the provision of good healthcare, especially in a culturally diverse society. Furthermore, acknowledging power relationships that stem from the societal context and shape institutions and models of care is a key step towards structural competence and safety in mental healthcare. Several strategies have been proposed to make mental healthcare services and systems more culturally and structurally competent. These include the use of interpreters and cultural brokers, tailored assessments and specialised cultural interventions. However, these strategies have yet to be adopted broadly in early intervention for psychosis.
Conclusion Given its emphasis on meaningful engagement and person-centered care, early intervention should integrate inclusive, structurally competent and context-informed interventions as a priority. Efforts must be made to apply knowledge from and adapt the tools of social and cultural psychiatry to the field of early intervention in psychosis. Sociocultural considerations, hitherto inconsistently applied in psychosis research and service design in Quebec, are especially relevant to the province given its distinct linguistic context, its increasing cultural diversity, and its ongoing effort to systematize and expand the delivery of early intervention services.

Keywords: early intervention, first episode psychosis, migrants, ethnic minorities, Indigenous populations, social and cultural psychiatry, immigrants, cultural competence, cultural safety, culture, psychosis

Auteurs : Salomé M. Xavier, G. Eric Jarvis, Clairélaine Ouellet-Plamondon, Geneviève Gagné, Amal Abdel-Baki et Srividya N. Iyer
Titre : Comment les services d’intervention précoce pour la psychose peuvent-ils mieux servir les migrants, les minorités ethniques et les populations autochtones ?
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 46, numéro 2, automne 2021, p. 331-364
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1088188ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1088188ar

Tous droits réservés © Département de psychiatrie de l’Université de Montréal, 2022