L’union fait la force : initier un mouvement francophone national et international pour l’implantation de l’intervention précoce

Bastian Bertulies-Esposito
Département de psychiatrie et d’addictologie, Université de Montréal – Centre de recherche du CHUM, Montréal – Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal
Amal Abdel-Baki
Professeure titulaire, Département de psychiatrie et d’addictologie, Université de Montréal – Psychiatre, chef du Service de santé mentale jeunesse et de la Clinique JAP du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) – Chercheure, Centre de recherche du CHUM, Montréal – Présidente de l’AQPPEP
Philippe Conus
Service de psychiatrie générale, Traitement et intervention précoce pour la psychose, Centre hospitalier universitaire vaudois, Lausanne
Marie-Odile Krebs
INSERM, IPNP UMR S1266, Laboratoire de Physiopathologie des Maladies Psychiatriques, Université Paris Descartes, Université de Paris, CNRS, GDR3557-Institut de Psychiatrie, Paris – Faculté de Médecine Paris Descartes, GHU Paris–Sainte-Anne, Service Hospitalo-Universitaire, Paris

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Bastian Bertulies-Esposito

RÉSUMÉ Objectif Décrire l’implantation de l’intervention précoce pour la psychose dans 3 pays francophones ainsi que les défis rencontrés et les facteurs favorisant l’implantation.
Méthode Synthèse narrative portant sur l’implantation de l’intervention précoce pour la psychose en francophonie à partir d’une revue de la littérature scientifique et de la littérature grise
Résultats Comparativement à d’autres pays (Australie, Royaume-Uni, etc.), le déploiement des programmes d’intervention précoce en francophonie s’est fait plus tardivement et fait face à différents défis rendant son implantation à large échelle encore très hétérogène. Bien qu’une grande partie de la population ait accès à des services d’intervention précoce (SIP) au Québec (Canada), le respect de certaines composantes essentielles du modèle pose encore des défis. Toutefois, divers facilitateurs, notamment l’implication gouvernementale par la publication d’un Cadre de référence provincial normalisant les pratiques, des investissements gouvernementaux et un soutien clinique offert pour le développement et l’amélioration continue des programmes par le Centre national d’excellence en santé mentale et l’Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP) qui offre du mentorat, de la formation continue via une communauté de pratique ont été identifiés.
En France, quoique l’implantation soit plus hétérogène, plusieurs centres proposent déjà des SIP, et un intérêt croissant pour cette approche se manifeste par plusieurs équipes, permettant d’espérer le déploiement d’un réseau sur l’ensemble du territoire. Le « Réseau transition » organise depuis 2007 des rencontres scientifiques, des formations spécialisées, la validation d’outils et travaille à éditer un référentiel adapté au système français.
Dans la Suisse francophone, si des programmes ont été implantés relativement tôt (dès 2000 à Genève et dès 2004 à Lausanne), ils sont restés liés à des initiatives individuelles et des choix locaux. Ceci est dû en grande partie à l’autonomie complète de chacun des 26 cantons quant à l’organisation du système de santé et à l’absence de politique nationale de santé mentale. Un groupement suisse francophone a cependant été mis sur pied en 2020 qui va soutenir l’implantation de 5 programmes dans les 5 cantons concernés.
Plusieurs spécificités de l’organisation des soins en santé mentale de chaque pays, dont la relative autonomie des « secteurs » et la scission entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte de même que l’absence d’une culture de l’évaluation des soins et du suivi des recommandations, peuvent avoir un impact sur l’implantation.
Conclusion Outre la poursuite des efforts nationaux, une branche francophone de l’International Early Psychosis Association (IEPA) fondée par des leaders suisse, français et québécois pour unir les forces francophones à plus grande échelle a pour objectifs de promouvoir le réseautage, d’échanger sur les pratiques, de partager des outils et l’expertise via l’organisation d’une conférence internationale francophone annuelle visant à améliorer le partage des connaissances sur les pratiques développées ailleurs en intervention précoce en psychose.

Mots-clés : intervention précoce, psychose, composantes essentielles, implantation

Strength in Numbers: Launching a National and International French-Speaking Movement for the Implementation of Early Intervention Services

ABSTRACT Objective To describe the implementation of early intervention for psychosis in 3 French-speaking countries, the challenges encountered and potential facilitators for successful implementation.
Methods Narrative synthesis of the scientific and grey literature on early intervention for psychosis programs implementation in the French-speaking world.
Results Compared to other countries (Australia, United Kingdom, etc.), early intervention program implementation in the French-speaking world has been delayed and faces various challenges, making its widespread implementation still very heterogeneous. Although a large proportion of the population has access to early intervention services (EIS) in Quebec (Canada), adherence with certain essential components of the model still poses challenges. However, various facilitators, including government involvement through the publication of a provincial framework standardizing practices, dedicated funding, and clinical support for program implementation and continuous improvement through the National Centre of Excellence in Mental Health (a provincial organization) and a provincial community of practice, the Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques (AQPPEP), which offers mentoring and continuing education, have been identified.
In France, although the implementation has been more heterogenous, several centers already offer EIS, and there is growing interest in this model, as expressed by several teams, giving hope for the implementation of a network of EIS throughout the country. Since 2007, the “Réseau transition” has been organizing scientific meetings, specialized training, validation of tools and is working on publishing a reference tool adapted to the French system to standardize EIS.
In French-speaking Switzerland, although programs were implemented relatively early (in 2000 in Geneva, and in 2004 in Lausanne), they remained associated to individual initiatives and local choices. This is largely due to the complete autonomy of each of the 26 cantons in the organization of the healthcare system and the absence of a national mental health policy. However, a French-speaking Swiss group has been set up in 2020, to support the implementation of 5 programs in 5 cantons.
Several specificities of the organization of mental health care in each country may have an impact on implementation. These include the relative autonomy of different catchment areas, and the separation of child and adolescent psychiatry from adult services. Furthermore, it seems that poor involvement in quality assurance activities and the lack of monitoring of adherence to expert recommendations on essential components of the EIS model may impact program implementation.
Conclusion In addition to continuing national efforts, a francophone branch of the International Early Psychosis Association (IEPA) founded by Swiss, French and Quebec leaders to join forces on a larger scale seeks to promote networking as well as tool and expertise sharing through an annual international francophone conference focused on early intervention in first-episode psychosis.

Keywords: early intervention, psychosis, essential components, program implementation

Auteurs : Bastian Bertulies-Esposito, Amal Abdel-Baki, Philippe Conus et Marie-Odile Krebs
Titre : L’union fait la force : initier un mouvement francophone national et international pour l’implantation de l’intervention précoce
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 46, numéro 2, automne 2021, p. 365-389
URI : https://id.erudit.org/iderudit/1088189ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1088189ar

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