Profils sociodémographiques, criminologiques et cliniques des auteurs de violences conjugales français et québécois : recherche comparative

Telma Mimault
Université du Québec à Trois-Rivières
Université de Lorraine, Nancy
Suzanne Léveillée
Université du Québec à Trois-Rivières
Yann Auxemery
Université de Lorraine, Nancy

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Profils

Résumé

Les violences conjugales représentent désormais une préoccupation sociale à l’échelle internationale. Bien que certains pays aient réagi plus tardivement, nombre d’entre eux ont développé des interventions axées sur une démarche de responsabilisation. L’intérêt du présent article porte sur la prise en compte de plusieurs variables psychologiques et leurs répercussions sur la mise en place d’une démarche de responsabilisation dans un groupe de participants d’origines française et canadienne (Québec). Les variables étudiées sont les symptômes traumatiques, dissociatifs, l’attachement et le risque suicidaire. Bien que ces facteurs soient cruciaux, ils sont peu étudiés alors qu’ils peuvent avoir un impact sur la qualité de l’accompagnement des auteurs de violences conjugales.
Objectifs Nos objectifs sont d’une part, identifier les profils psycho-socio-criminologiques d’auteurs de violences conjugales ayant suivi un stage ou un groupe d’intervention ; d’autre part, mettre en perspective ces 2 groupes et leurs accompagnements respectifs afin d’émettre des hypothèses concernant la mise en place d’une dynamique de responsabilisation au regard de certaines variables psychologiques.
Méthode 57 hommes ont été rencontrés, 38 Français et 19 Québécois ont répondu à des questionnaires sur l’attachement, le risque suicidaire, les symptômes traumatiques et dissociatifs ainsi que des données sociodémographiques.
Résultats Les groupes d’hommes français et québécois sont similaires en ce qui concerne leurs profils sociodémographiques, cependant, on observe des différences significatives en ce qui concerne le dévoilement du type de violences. Le groupe québécois déclare plus de violences sexuelles que le groupe français alors que celui-ci déclare plus de violences physiques que le groupe québécois. Les résultats aux questionnaires portant sur l’attachement et le risque suicidaire ne présentent pas de différence significative, cependant, les questionnaires sur les symptômes traumatiques et dissociatifs sont significativement plus élevés chez les auteurs de violences conjugales québécois.
Conclusion Ces différences peuvent être expliquées par des divergences dans les lieux de recrutement, le niveau d’introspection et la temporalité entre le passage à l’acte et l’entretien de recherche. Un travail de prévention secondaire est à mener afin que les auteurs de violences conjugales puissent repérer leurs difficultés, verbaliser, mentaliser les enjeux les concernant. De plus, la contrainte d’effectuer des stages de responsabilisation telle que mis en place en France apparaît pertinente, mais non suffisante. Des rencontres individuelles avec un intervenant ou un psychologue en complément à ces stages ou groupes pourraient permettre d’augmenter le niveau de responsabilisation vis-à-vis du passage à l’acte ainsi que susciter une mise au travail plus profonde. Cette conscientisation pourrait, dans un deuxième temps, permettre une diminution du risque de récidive et de la transmission générationnelle.

Mots-clés : intervention violences conjugales, agresseurs, France-Québec, responsabilisation, intervention

Abstract

Domestic violence is now an international social issue. Although some countries have been slow to respond, many have developed interventions based on an empowerment approach. This article examines a number of psychological variables and their impact on the implementation of an accountability approach in a group of participants from France and Canada (Quebec). The variables examined are traumatic and dissociative symptoms, attachment and suicide risk. Although these factors are crucial, they have been little studied, even though they may have an impact on the quality of support provided to perpetrators of domestic violence.
Objectives Our objectives were to identify the psycho-socio-criminological profiles of perpetrators of domestic violence who had attended a course or an intervention group. We also wanted to compare these two groups and their respective support in order to hypothesize about the implementation of an accountability process in relation to certain psychological variables.
Method A total of 57 men were interviewed, 38 from France and 19 from Quebec, who completed questionnaires on attachment, suicide risk, traumatic and dissociative symptoms, and socio-demographic data.
Results The French and Quebec groups of men were similar in terms of their socio-demographic profiles, but there were significant differences in the types of violence reported. The Quebec group reported more sexual violence than the French group, while the French group reported more physical violence than the Quebec group. There were no significant differences in the results of the questionnaires on attachment and suicide risk, but the questionnaires on traumatic and dissociative symptoms were significantly higher among the Quebec perpetrators of domestic violence.
Conclusion These differences may be explained by differences in the recruitment sites, the level of self-reflection and the time between the act of violence and the research interview. Secondary prevention work needs to be carried out so that perpetrators of domestic violence can identify their difficulties and verbalise and mentalise the issues that affect them. In addition, the obligation to attend training courses on responsibility, as proposed in France, seems appropriate but not sufficient. Individual meetings with a counsellor or psychologist, as a complement to these courses or groups, could help to increase the level of responsibility for the act and encourage more in-depth work. This awareness could in turn reduce the risk of re-offending and intergenerational transmission.

Keywords: domestic violence, perpetrators, France-Quebec, accountability, intervention

Auteurs : Telma Mimault, Suzanne Léveillée et Yann Auxemery
Titre : Profils sociodémographiques, criminologiques et cliniques des auteurs de violences conjugales français et québécois : recherche comparative
Revue : Santé mentale au Québec, Volume 50, numéro 1, printemps – été 2025, p. 269-291

URI : https://id.erudit.org/iderudit/1121410ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1121410ar